Races craintives ?

On entend souvent dire que certaines races de chiens sont craintives. Par exemple le Berger Blanc Suisse, le Border Collie, le Chien-Loup de Saarloos ou le Chien-loup Tchécoslovaque sont souvent qualifiés ainsi. Mais qu’en est-il vraiment ?

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Le rôle de l’éleveur

Chaque race a été créée dans un but précis ! Cette « fonctionnalité » d’origine doit être prise en compte pour comprendre le caractère « type » de la race. Mais il faut également comprendre que chaque chien est unique 😉

 

  • Lignées craintives

Des parents craintifs risquent de transmettre génétiquement ce trait de caractère. De plus, les chiots apprennent par imitation. Le comportement et le caractère de la mère devrait donc être irréprochable en présence des chiots. Ensuite les autres congénères en présence participeront également aux apprentissages.

L’effet de mode que vivent certaines races incite des éleveurs à produire sans forcément se soucier des mariages. Idéalement le mâle et la femelle doivent être équilibrés, et les qualités physiques et mentales de l’un doivent améliorer les défauts de l’autre.

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  • La réserve indiquée dans le standard d’une race

Certaines races doivent être réservées selon leur standard. Cette réserve est souvent confondue avec de la crainte.

Un chien réservé ne vient pas au contact de la nouveauté mais ne doit pas éprouver de peur en sa présence. Sa réserve ne l’empêche pas d’être curieux et d’analyser la situation.

L’humain a produit à force de sélections des races avec des individus sensibles, mais cette sensibilité exacerbée doit être canalisée et les chiens doivent être socialisés pour qu’ils puissent être équilibrés.

 

La socialisation

66508705_10220466937882522_5718100028015247360_o.jpgLa socialisation permet d’avoir un chien apte à partager la vie humaine et à s’y adapter. Cette socialisation s’effectue les premiers mois de la vie du chien. L’élevage joue donc un rôle essentiel dans cette étape !  Il est important que les chiots soient stimulés de façon auditive, visuelle et tactile. Ces stimulations devront être introduites progressivement, de manière respectueuse des émotions des chiots et être variées. Attention à l’événement désagréable qui pourrait conduire à une sensibilisation.

66410161_1612585708871294_4885463193972899840_n.jpgUn éleveur consciencieux va donc sélectionner les parents de manière à produire des chiots équilibrés, leur proposer des expériences agréables, mais néanmoins diverses et variés. Ainsi le chien sera apte à vivre dans la société humaine et à s’adapter aux nouveautés 😉

 

 

Le rôle du propriétaire

66447276_356539338343945_3286814875354923008_n.jpgLorsque le chien arrive chez son humain, celui-ci doit, après un temps d’adaptation du chien dans sa nouvelle famille, continuer la socialisation. En effet, même si l’éleveur a fait un super travail, il est judicieux de continuer à proposer au chien de nouvelles stimulations pour continuer à entretenir le travail fait précédemment et garder intactes ses capacités d’apprentissage et d’adaptation !

Il convient évidemment de ne pas surestimer les capacités du chien pour éviter de le mettre en échec et lui faire perdre confiance en lui et en son humain.

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Si le chien est adulte et présente des craintes, n’hésitez pas à voir un professionnel pour vous faire accompagner dans la rééducation.

Pistes de travail :

  • 1532344706113Tenir compte des signaux d’apaisement du chien
  • Renforcer le lien humain/chien
  • Encourager le chien et le soutenir
  • Anticiper pour gérer au maximum l’environnement
  • Travailler en respectant la zone de confort du chien et lui permettre de gérer ses déplacements
  • Faire des associations positives
  • Utiliser des congénères à l’aise
  • Travailler régulièrement et par petites sessions
  • Aider la gestion des émotions à l’aide d’un complexe aux Fleurs de Bach personnalisé et/ou avec de la kinésiologie et/ou avec de la lithothérapie.

 

 

Vous aurez compris que justifier la crainte d’un chien par sa race n’est pas une solution !

 

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Difficultés d’éducation d’un chiot (chien-loup)

  • L’éducation d’un chiot pour une adolescence « tranquille »

Un chiot de n’importe quelle race est en général adorable et quasiment parfait jusqu’à ses 7/8 mois. Il va mordiller, apprendre la propreté, faire ses dents sur certains objets, etc ; mais ces problèmes sont considérés comme normaux. Les propriétaires ne tiennent alors pas compte des mises en garde et considèrent que leur chien restera aussi parfait en grandissant.

Les erreurs d’éducation vont apparaître à l’adolescence avec l’apparition du caractère et des hormones. Les mordillements de jeu qu’on a laissé passer sans les canaliser deviennent plus intenses, plus fréquents et blessent. Les destructions mal gérées deviennent une habitude pour décharger les tensions ou tuer l’ennui, et les dégâts sont plus importants. Le chien mal canalisé devient réactif en laisse et compliqué à sortir.

Malgré une idée reçue, la socialisation ne fait pas tout. Il faut surtout pouvoir capter l’attention du chien et la garder malgré les stimulations. La peur des étrangers peut virer en agressivité si elle est mal gérée. Par exemple, si le chien est forcé au contact ou si le maître bloque les mouvements de peur de son chien pour éviter les écarts brusques, ce qui tétanise le chien et fige les peurs.

Régulièrement, les chiens font de l’hyper-attachement et de l’anxiété de séparation. Les gens veulent une relation fusionnelle avec leur chiot mais à l’adolescence le chien n’accepte plus les séparations. Il les vit très mal car il a besoin de se sentir intégré dans un groupe. En tant qu’adolescent son statut social n’est plus le même qu’en tant que chiot, l’exclusion du groupe est lourde de conséquences dans son esprit.

Les chiots qui ne côtoient pas régulièrement d’adultes bien codés et équilibrés, vont avoir des difficultés à gérer leur excitation et vont manquer d’autocontrôles. Entre chiots, ils vont s’exciter mutuellement, mais ne vont pas apprendre à s’arrêter avant d’aller trop loin. Même s’ils sont isolés des autres chiots lorsqu’ils sont trop bruts, l’action humaine est moins efficace et amène surtout de la frustration.

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Une cause principale d’échec est l’incapacité des propriétaires à faire le deuil de la relation avec leur chiot, quand celui-ci devient ado. Ils n’acceptent pas de perdre cette relation magique où tout était facile, et ne parviennent pas à construire une autre relation plus contraignante et qui nécessite des sacrifices. Inconsciemment, ils n’acceptent pas de perdre leurs « acquis », voudraient que le chien reste facile comme un chiot. Ça conduit parfois les gens au déni, ça brouille leur capacité à observer et à comprendre le comportement évoluant de leur chien. Ça les empêche de remettre en question leurs certitudes erronées, et d’identifier les problèmes, d’en prendre la mesure. Plutôt que de reconnaître et accepter qu’ils se sont faits des illusions, qu’ils ont fait des erreurs et de les corriger, ils vont trouver des justifications contestables et s’éloigner de la compréhension de leur chien. Ils vont manquer d’objectivité et passeront à côté des vrais problèmes et de leurs solutions. Ils vont gérer les conséquences plutôt que de résoudre les causes, ce qui est généralement de plus en plus inconfortable pour le chien et son propriétaire. C’est un cercle vicieux dans lequel tombent beaucoup de propriétaires de chiens de toute race, les propriétaires sous-estiment la gravité de certains comportements « inadaptés », et réagissent trop tardivement.

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  • Les particularités des chien-loups :

Chez le chien-loup, ces conséquences sont souvent plus pénibles, et les propriétaires vont souvent mettre encore plus de temps à réagir parce qu’ils seront bridés par leur fascination pour cette race, et surtout par le regard des autres. Les propriétaires vont supporter plus de désagréments avant de réagir parce que la fascination que suscite leur chien chez les autres va les griser, et les poussera à accepter toujours plus d’inconfort en échange. Jusqu’au jour où il y aura saturation.

Les particularités des chiens-loups sont essentiellement dues à leur aspect lupoïde et à l’effet que cela produit sur les personnes. Certains propriétaires aiment voir des comportements de « loup » chez leur chien, et vont donc renforcer des mauvais comportements sans s’en rendre compte, et sans vraiment comprendre ces comportements. Les chien-loups n’ont pas de comportements de loup, ils sont seulement un peu plus influencés par leurs instincts, ils n’ont pas besoin d’avoir un maître qui soit un « mâle alpha » !

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Il y a aussi le mythe qu’un chien-loup est craintif (comme un loup) ! Selon certains propriétaires, un chien-loup n’est pas adapté à une vie domestique au sein de la famille comme tout chien de compagnie ! Ainsi ces propriétaires, n’assument pas leurs échecs concernant la socialisation de leurs chien-loups. Selon eux, s’ils n’arrivent pas à socialiser leur chien c’est parce que c’est dans la race, il n’y a rien à faire. Donc pas de remise en question, pas d’évolution possible.  Attention, la réserve est à différencier de la crainte !

Ces erreurs du maître ne concernent pas que les chiens-loups, mais comme les chiens-loups ont du loup, elles sont exacerbées sur ces races. Pour certains propriétaires, c’est très valorisant d’avoir un chien-loup alpha/dominant. Ils se construisent tout un mythe autour de leur animal, mythe qu’ils ont beaucoup de mal à remettre en cause, et le regard des autres a parfois une très grande influence sur ces difficultés de remise en question. L’humain aime les mythes, les histoires extraordinaires qui fascinent quand on les raconte. Quand on a un chien-loup on rencontre souvent des gens qui projettent des mythes sur nos chiens : « c’est un mâle alpha ? », « il faut le dominer, lui montrer que c’est vous le chef », « il fait le loup à la pleine lune ? », etc. Le public veut une histoire extraordinaire à raconter, même si on casse ces mythes, les personnes vont quand même insister sur leur version, et ignorer nos propos. Ça peut pousser certains propriétaires de chiens-loups à donner satisfaction au public, ce qui peut être très gratifiant comme expérience. Pour les propriétaires adeptes de la théorie du mâle alpha ces rencontres avec un public avide de spectaculaire les confortent dans leur vision et agissent comme un auto-renforcement.

Article coécrit avec Elsa Resurgo.

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