Comment choisir le bon renforçateur?

Qu’est-ce qu’un renforçateur ?

Un renforçateur, c’est ce qui va augmenter la fréquence d’apparition d’un comportement. Ce qui signifie que c’est le.la chien.ne qui va choisir SON renforçateur et non son humain.e.

Il existe autant de renforçateurs qu’il existe d’individus et de situations ! Dans le domaine canin, les renforçateurs les plus communs sont les friandises, les jouets, les caresses et les félicitations orales. Renifler une odeur intéressante, courir après un écureuil ou un chat, rencontrer des congénères, visiter de nouveaux lieux, observer ensemble, faire demi-tour, etc, peuvent également être des renforçateurs; et la liste est infinie ! Il est possible de classer les renforçateurs selon leur valeur, afin d’utiliser le renforçateur le plus adapté à la situation. La valeur peut varier en fonction de différents paramètres tels que l’environnement, la fréquence d’utilisation de ce renforçateur, l’état physique du chien, le moment de la journée.

Pika, qui attend son renforçateur

Selon les goûts de chaque individu, ce qui a été utilisé et ce qu’iel a pu expérimenter précédemment, les possibilités offertes à ce moment-là par l’environnement vont influencer ce qui pourra être utilisé et comment. Par exemple, si un.e chien.ne revient à une demande de rappel alors qu’iel souhaitait courir derrière le lapin qui vient de traverser le chemin, on va pouvoir renforcer le rappel en lui proposant de courir avec nous, en lançant une ou des friandises derrières lesquelles iel pourra courir, ou en lançant un jouet.

Quel renforçateur commun utiliser ?

Renforçateurs alimentaires

Pixel, de Tata’sitter

Concernant le type de nourriture à utiliser, on peut différencier la prise de boisson, le léchage d’une purée ou d’une patée, ou la prise d’aliment solide, mais cette distinction n’est pas toujours si claire. Pour la prise de boisson, il existe des outils de léchage et de succion disponibles dans le commerce qui vont permettre de garder ses mains sèches et que je recommande fortement l’hiver ou lorsque les capacités de manipulation de friandises rigides sont compliquées. Certaines solutions sont rechargeables, d’autres sont à usage unique. On peut y mettre de la compote de pommes, des smoothies canins, du pâté de foie, des fromages liquides et autres selon votre imagination, vos besoins et ce que digère votre chien.ne. Concernant les aliments dits « solides », on connaît toutes et tous les croquettes, mais il existe de nombreuses alternatives plus ou moins humides, telles que les dés de jambon ou de fromage, les morceaux de viande déshydratée, les friandises faites maison, etc. Personnellement, j’essaie de proposer majoritairement des friandises semi-humides lors des activités de flair car ça permet d’hydrater un minimum lors de la prise quand le travail olfactif déshydrate très vite nos loulou.tes. En extérieur, l’été j’utilise des petits morceaux de viande séchée car ça ne salit pas mes doigts, et ça se conserve bien; par contre l’hiver j’utilise un distributeur de liquide accroché à ma veste car je suis incapable d’attraper un petit bout dans une pochette avec les doigts engourdis par le froid. La vitesse d’ingestion est également un point pertinent à prendre en compte. En fin de piste de Humantrailing, je recommande l’utilisation d’un renforçateur alimentaire collant et qui prend plusieurs minutes à lécher afin de satisfaire le besoin de s’apaiser et que la récompense soit à la hauteur de l’effort initié. Par contre, lorsque je renforce l’animal durant une séance de medical training, j’utilise de petits morceaux semi-humides, afin de pouvoir renforcer avec un ratio élevé, donc il a peu d’effort de mastication à fournir, et l’humidité va permettre de garder un.e chien.ne hydraté.e qui n’éprouvera pas le besoin d’aller se désaltérer à la gamelle d’eau, ce qui stopperait l’entraînement.

L’utilisation de la nourriture n’est pas forcément éthique, même si celle-ci est fréquemment associée à l’éducation canine dite « positive ». Il est courant d’observer des conflits de motivation lorsqu’on utilise certains renforçateurs. Par exemple, un.e chien.ne très gourmand.e à qui on pose une friandise sur un objet angoissant, peut s’approcher de l’objet voir y monter afin d’obtenir le renforçateur alimentaire. Une fois la friandise attrapée, ce.tte chien.ne sera en situation de stress, et non habitué.e ou désensibilisé.e à cet objet. Un autre exemple serait de choisir de nourrir notre chien.ne uniquement lors des séances d’entraînement, et s’il y a « réussite » lors des exercices. Cet exemple ne peut pas vraiment être considéré comme respectueux du physique et de l’émotionnel de l’être vivant qu’iel est. En effet la faim engendre un stress qui n’est pas nécessaire pour l’éducation car il existe d’autres leviers et méthodes efficaces. De même, si un.e chien. souffre de certains soucis digestifs qui vont lui déclencher des douleurs et/ou de l’excitation à chaque prise alimentaire, il est recommandé d’utiliser d’autres renforçateurs.

Loulou qui profite de son jouet

Renforçateurs ludiques

Il existe autant de type de jouets, que de façon de renforcer avec ceux-ci ! Les plus connus sont les balles de tennis et les cordes à tirer, mais il y a également les frisbees, les apportables, les balles lotus, les oister, les mélanges de plusieurs jeux cités précédemment, etc. Juste en prenant en compte les balles, il en existe une multitude de tailles, avec tout autant de textures différentes, de bruits distincts et de formes multiples. Pour savoir ce qui convient à votre chien.ne, il sera nécessaire de bien le.la connaître, en l’ayant observé à divers moments et d’avoir testé plusieurs jeux avec lui ou elle dans plusieurs environnements.

Tommy, renforcé avec un tug / jeu à tirer

On entend fréquemment que le jouet est à éviter si on souhaite un.e chien.ne équilibré.e. Selon le profil de votre chien.ne et votre utilisation du jouet, c’est effectivement un point de réflexion à avoir. Vous pouvez choisir de ne jamais l’utiliser, ou bien de l’utiliser très souvent au risque que votre chien.ne ne pense plus qu’à cela, ou encore trouver un équilibre qui vous satisfasse tou.te.s les deux. Personnellement je prône l’équilibre, car même si cela peut être difficile à obtenir, c’est le choix qui va permettre d’obtenir des moments partagés ensemble, et de satisfaire certains besoins de votre chien.ne.

Renforçateurs tactiles

Ruby qui anticipe l’arrêt des gratouilles d’où le regard dit « de baleine »

La caresse est un renforçateur très connu, mais rarement aussi efficient que prévu. Le fait que notre chien.ne écoute nos demandes pour une caresse de notre part, c’est satisfaisant pour l’image que l’on se fait de notre lien, mais c’est rarement aussi satisfaisant et renforçant du côté canin. Une caresse doit toujours être consentie par le.la chien.ne. Pour cela, il est impératif d’avoir au préalable effectué des tests de consentement (que vous trouverez expliqués ici) dans différentes situations afin de connaître les envies et préférences de votre chien.ne. Un renforçateur intéressant peut être le jeu au corps-à-corps, très apprécié de certain.es chien.nes, mais qui va nécessiter les mêmes prérequis que l’utilisation de la caresse.

Comment renforcer de manière respectueuse et éthique ?

Il est nécessaire de prendre en compte l’émotionnel de l’individu dès qu’on souhaite lui demander quelque chose, afin de voir s’iel est en état d’y répondre favorablement, et également de profiter du renforçateur. Selon le.s renforçateur.s choisi.s, un apprentissage préalable va devoir être effectué afin que le.la chien.ne soit capable de profiter de son environnement sans être concentré.e sur le potentiel renforçateur. Si vous avez choisi de porter une pochette à friandises à laquelle est attachée une corde à tirer, votre chien.ne doit pouvoir être en focus environnement et non en focus conducteur, sauf dans le cas particulier où la pochette avec la corde est signal de début de séance travail. Il est commun d’utiliser le principe de Premack afin de modifier l’attrait (et ainsi le classement) d’un renforçateur, mais il est nécessaire de bien réfléchir à la pertinence de son utilisation. On peut aussi choisir de mettre en place certains renforçateurs construits tels qu’un son spécifique, comme l’utilisation du clicker qui va marquer un « bon » comportement et être généralement annonciateur de l’arrivée d’un renforçateur alimentaire.

Il faut également prendre en compte l’environnement du moment. On ne peut pas renforcer avec du mouvement sur un trottoir étroit et bondé, tout comme il convient de faire attention à une potentielle protection de ressources s’il y a plusieurs chien.nes de présent.es. Il est commun d’entendre « si le chien n’est pas capable de manger, il est trop stressé par être en capacité d’apprendre », et c’est vrai ! Par contre un.e chien.ne capable de manger, n’est pas forcément suffisamment serein.e pour apprendre, il va falloir prendre en compte d’autres signaux de communication pour le confirmer. Il est essentiel de connaître l’attitude et le comportement d’un.e chien.ne dans un environnement « facile » : positionnement et attitudes corporel.les, laisse détendue, observation de l’environnement, façon de prendre les odeurs, délai de réponse à nos demandes, adaptation aux stimuli, etc. Ce qui va nous permettre de pouvoir remarquer les changements indiquant un changement d’émotionnel, et donc une capacité réduite à pouvoir être renforcé.e.

Tao, qui revient vers ses humain.es avec sa balle !

Conclusion

Afin d’utiliser les renforçateurs de manière respectueuse, éthique et efficace, il est utile de réfléchir en amont de leur utilisation :

  • aux objectifs que l’on a,
  • à notre programme d’entraînement clair et détaillé,
  • à l’environnement idéal d’apprentissage,
  • aux comportements que l’on va renforcer,
  • aux renforçateurs que l’on va utiliser,
  • au timing de ces renforçateurs,
  • et si on le souhaite à la façon de les enlever/modifier à terme.

Cet article n’est qu’une explication simplifiée de l’utilisation possible des renforçateurs, chaque sujet abordé dans cet article pourrait lui même faire l’objet d’un article, voir plus.

Et vous, quel renforçateur utilisez-vous ? Et dans quel contexte ? 🙂

Hadès

Sources :

Hortense Todesco. Amélioration de l’expérience du chien lors des soins vétérinaires : intérêts, mécanismes,
facteurs de réussite et place de l’entrainement médical
. Sciences du Vivant [q-bio]. 2021.

Dittmann, M T et al: ‘Low resting metabolic rate and increased hunger due to β-MSH and β-endorphin deletion in a canine model.’ Science Advances, March 2024. DOI: 10.1126/sciadv.adj3823

Bosc S. 2013. Principes et méthodes de l’entrainement. Revue des techniques utilisées et des espèces
concernées dans les parcs zoologiques et aquariums. Faculté de Médecine, Créteil, ENVA

Vieira I., and Siliart S. 2015. Comportement Du Chien : Clinique et Thérapeutique : Comprendre, Résoudre
et Prévenir Les Troubles Du Comportement. Les éditions du Point Vétérinaire.

Gassmann C., Vieira I., and Le Gorrec A. 2017a. Des animaux coopératifs grâce au medical training.
Comportement animal 28:10–11.

HORWITZ D., MILLS D. S. (2012) BSAVA Manual of Canine and Feline Behavioural
Medecine. 2nd éd. Gloucester, Ed BSAVA.

Célina Schelfout. Les peurs chez le chien : origines, diagnostic, traitement. Étude bibliographique. Médecine
vétérinaire et santé animale. 2019.

Burton, B. J. (2020). Does Clicker Training Lead to Faster Acquisition of Behavior for Dog
Owners?. Thesis dissertation, Animal Behaviour and Conservation, Hunter College

Casey, R. A., Naj-Oleari, M., Campbell, S., Mendl, M., Blackwell, E. J. (2021). Dogs are more
pessimistic if their owners use two or more aversive training methods. Scientific Reports, 11(1),
1-8.

Jessica L. Herrod, Sara K. Snyder, Joseph B. Hart, Sarah J. Frantz, Kevin M. Ayres (2022). Applications of the Premack Principle: A Review of the Literature

Lisa Longo (2022), De la manipulation à la communication : la friandise, ce renforçateur qui nous effraie tant, Muzo+

Laisser un commentaire