L’accompagnement d’un.e chien.ne malade chronique !

akita inu MICI et gastrite chronique

Avoir un.e chien.ne malade, c’est endosser malgré soit un rôle d’aidant et ce rôle est majoritairement endossé par les femmes, malgré que ce ne soit pas forcément elles qui aient choisi d’accueillir un.e animal.e au sein du foyer. La maladie va impacter trois aspects principaux : les finances, le temps et la charge mentale ! On choisit rarement d’adopter sciemment un.e animal.e malade.

  • Le premier point auquel on pense, c’est le vétérinaire ! Entre la planification des rendez-vous de suivis, le temps passé pour se rendre aux rendez-vous, le temps passé en clinique ou à attendre durant les examens, la collecte de données, le coût des examens et des traitements, et évidemment le temps passé à soigner au quotidien. La plupart des chien.nes étant accompagné par une équipe de professionnels (vétérinaires, comportementaliste, pet-sitter, etc), il faut également coordonner tout le monde, à l’aide de mails et d’échanges téléphoniques. Tout ceci induit une grande charge mentale, et une fatigue non négligeable.
border collie spondylose et arthrose
Sirius, qui a une spondylose et de l’arthrose aux hanches, ainsi qu’une maladie valvulaire mitrale dégénérative de stade 2
  • La collecte de données va permettre de pouvoir analyser précisément les symptômes et les effets des soins. Comme la douleur n’est pas objectivement quantifiable, cette collecte de données permettra de l’évaluer plus précisément. Selon les pathologies on y retrouve le jour, les traitements données, les activités effectuées, les symptômes et les comportements ainsi que l’horaire à laquelle celleux-ci ont été observés, leur récurrence, leur intensité, etc.
    • Lorsque Ukkima est douloureuse au niveau digestif, elle émet ces comportements :
      • déglutitions et demande de massage de l’oesophage durant plusieurs minutes après ingestion de nourriture;
      • mâchonne l’air;
      • tension sur la laisse;
      • déplacement « en crabe » de manière à éviter que la laisse touche le dos ou le ventre;
      • mordillements compulsifs des pattes et des flancs;
      • hypersalivation;
      • « toux » de reflux acides;
      • léchages compulsifs du sol ou des mains;
      • secoue la tête et le corps en balade, avec une oreille de côté;
      • gratte les oreilles;
      • intolérance à la présence de ses congénères;
      • anxiété de solitude;
      • positions antalgiques pour se reposer;
      • coprophagie sur selles de congénères….
    • Ce sont des exemples, chaque chien.ne est unique et proposera des comportements spécifiques.
coton de Tuléar MICI
Willy, qui est atteint d’une MICI et d’un ulcère de l’estomac et du duodénum
  • Les douleurs ressenties par les chien.nes peuvent faire apparaître des comportements dits « problématiques » tels que de la réactivité aux humain.es ou aux congénères, des phobies et des peurs, une sensibilité à certains bruits, de la protection de ressources, une sensibilité aux touchers et aux manipulations, des destructions, etc. C’est pourquoi il est important de noter les changements de comportement de votre chien.ne. Ces comportements peuvent être compliqués à vivre car tant que l’animal.e est douloureux.se, il n’est pas possible, ni éthique, de mettre en place une rééducation. Selon les comportements émis par l’animal.e, ils peuvent conduire à une augmentation de l’anxiété et de l’isolement chez l’humain.e.
    • Par exemple, certaines pathologies vont entraîner une anxiété de solitude chez l’animal.e. Excepté pour les personnes ayant un post en télétravail ou qui peuvent emmener leur chien.ne sur leur lieu de travail, ça peut être une situation compliquée à vivre car il faudrait une présence continue. Il est également essentiel que l’humain.e prenne soin de lui ou elle et soit épanoui.e afin d’être en capacité émotionnelle et physique pour accompagner correctement son animal.e.
berger australien arthrose
Jeï, qui a de l’arthrose au niveau cervical, dorsal et lombaire
  • Les gardien.nes souhaitent la meilleure qualité de vie possible à leur chien.ne et sont en permanence à la recherche d’améliorations et pour trouver le meilleur équilibre possible entre toutes les contraintes du quotidien. Iels effectuent une prise de renseignements complémentaires en échangeant avec d’autres gardien.nes, et en lisant des articles scientifiques traitants de cette pathologie. Ceci va leur permettre de mieux comprendre ce que vit leur chien.ne, de partager leur expérience, de se sentir soutenu.e, et également de se rassurer; mais cela rajoute au temps passé et à la charge mentale….
MICI akita américain croisée beauceron
Asuna, qui souffre d’une MICI
  • Si vous souhaitez soutenir un.e ami.e qui a un.e chien.ne avec une maladie chronique, soyez à son écoute, proposez lui des activités qui vous permettent de partager un bon moment ensemble, tout en prenant en compte les besoins de son binôme canin, afin de respecter les besoins de tout le monde !

Je tiens à remercier l’équipe de vétérinaires qui accompagne avec réactivité et bienveillance Ukkima depuis plusieurs mois, ainsi que les familles que j’accompagne pour votre compréhension lors des reports de rendez-vous de dernière minute lorsque Ukkima est en crise.

Félicitations aux gardien.nes de chien.nes qui vivent avec une maladie chronique, vous êtes géniaux !

Stark, qui avait une MICI

Pour en savoir plus sur les douleurs chroniques :

L’histoire de Stark via son comportement et sa santé

chien-loup Tchécoslovaque dans vignes

Stark est arrivé dans notre famille peu après son premier anniversaire. Nous venions de faire face à la perte soudaine d’Isaac et avions besoin d’un chien loup afin d’accompagner Hestia qui allait nous rejoindre.

Stark était décrit par sa précédente famille comme « fugueur » (il avait des brulures de collier électrique au niveau du cou lors de son arrivée chez nous), « destructeur », et « protecteur ». À son arrivée, c’était un chien très anxieux, qui s’est mis à hurler au moment où j’ai fermé la porte des toilettes en arrivant à la maison, malgré la présence de mon conjoint dans la pièce avec lui. Il est arrivé avec des croquettes multicolores, que l’on a utilisé finalement en tant que renforçateurs alimentaires, et il est passé au BARF directement le jour de son arrivée.

chien-loup malade
Stark plusieurs mois après son adoption

Après plusieurs jours d’observation, il s’est avéré que Stark

  • ne savait pas se retenir,
  • proposait une grosse protection de ressources sur la nourriture (au point de charger le moindre être vivant dans la même pièce tant qu’il lui restait à manger dans la gamelle),
  • broyait les mastications et explosait les jeux de foraging du type kongs fourrés,
  • se jetait sur les mouchoirs en papiers pour les avaler,
  • contrôlait le moindre mouvement de Hestia, et il n’hésitait pas à l’agresser si elle changeait de position dans son panier,
  • était très intense dans ses prises en bouche après ses repas, on a longtemps cru qu’il proposait des Zoomies intenses le soir,
  • hurlait, faisait ses besoins, détruisait et mangeait le papier accessible et allait jusqu’à se blesser lorsqu’il était séparé de moi et/ou de Hestia,
  • avait très peur de tout en extérieur et il l’exprimait en chargeant et en grognant (vers les humain.e.s, les autres animaux, les voitures, les vélos, etc)….

Bref un chien intense, qui demandait un accompagnement permanent et me générait une grosse charge mentale. Étonnamment, il cohabitait sereinement avec Albator notre chat. Il a toujours eu des selles non moulées, ainsi que des vomissements de bile plusieurs fois par semaine. Il a toujours mangé de l’herbe et proposé régulièrement des crises de reverse sneezing, mais l’intensité et la fréquence de ses comportements variaient par période. De plus en période de mue, il déclenchait toujours un ou plusieurs hotspots; et son poil a toujours été peu dense et moutonneux. Stark a toujours été très fin physiquement malgré la pratique du canicross de façon régulière, et des balades quotidiennes.

Stark par Groseille Choco,
on peut voir une tension musculaire au niveau de ses yeux et de sa bouche, caractéristique chez lui d’une douleur (évidemment personne ne le savait au moment de la prise de cette photo)

Après plusieurs années ensemble :

  • Stark était capable de manger dans la même pièce que Hestia, et même de partager sa gamelle vide, mais il a toujours émis des bruits lors des préparations des gamelles. C’était le seul chien à le faire, que ça soit Hestia, Ukkima ou les pensionnaires…
  • A ses 6 ans, Stark est progressivement devenu sensible à certains bruits, tels que les pétards, coups de feu, grincements, etc; au point de se mettre à trembler durant de longues minutes et de se faire dessus.
  • Stark était propre en intérieur sauf lors des absences ou lorsqu’il stressait, et il s’est mis à faire des terreurs nocturnes vers ses 6,5 ans…
  • Hestia pouvait se déplacer librement dans la maison (et heureusement vu ses marathons nocturnes ses dernières années), mais en extérieur si elle partait devant ou si elle rencontrait des congénères, Stark chargeait, hurlait, se débattait, etc.
  • Avec l’accompagnement d’une professionnelle du monde canin spécialisée en anxiété de solitude, j’ai pu le laisser dans mon salon lors des absences, mais il avait à disposition un tas de livres « explosables » qui étaient régulièrement avalés, ainsi que des mictions lors des absences de plus de 4h.
  • Il était capable de rester en intérieur ou en voiture sans dégâts ni vocalises lorsque je m’absentais moins d’une heure avec Hestia.
  • Il était capable de croiser sereinement (laisse détendue) humain.e.s, voitures, vélos, chevaux, mais il proposait des mises à distance à ses congénères de plus de 10kg, aux vaches, aux moutons, et aux chats! Il s’est mis à prédater Albator à ses deux ans, et la cohabitation fût impossible malgré de nombreux essais. Il a toujours eu un gros besoin de contrôle, qu’on a longtemps confondu avec de la prédation pure car les comportements étaient similaires, surtout en extérieur où Stark fonçait contrôler ce qu’il n’identifiait pas correctement ou ce avec quoi il n’était pas à l’aise.
  • Selon les périodes il continuait à se jeter compulsivement sur les mouchoirs en papier et les livres.
Stark qui mange un mouchoir dans la rue, pendant une crise de MICI fin 2024

Au moment des vacances de Noël 2023, soit à ses 7 ans, il a soudainement perdu plusieurs kilos et était beaucoup moins énergique qu’auparavant, il s’est mis à déglutir de façon répétée la nuit, il laissait des taches de bave là où il se posait et une boule de la taille d’une balle de golf est apparue au niveau de sa thyroïde. Début janvier, on a effectué un bilan vétérinaire, où ses analyses sanguines sont ressorties parfaites, et où la vétérinaire m’a expliqué (de façon culpabilisante) que ses déglutitions nocturnes venaient d’un problème comportemental…. J’ai dû insister et on a pu effectuer un scanner afin d’essayer de comprendre l’origine de cette masse au niveau de la thyroïde. Bilan de ce scanner : ce n’est pas un cancer, on ne peut rien faire de plus !

Mais j’avais un chien de 7 ans, qui avait l’énergie d’un animal en fin de vie, et dont le comportement se détériorait. Par exemple, il tolérait de moins en moins mes absences, si je partais avec Ukkima il cherchait à nous rejoindre à tout prix (merci aux personnes qui l’ont sécurisé en voiture lors des séances de Mantrailing). J’ai donc été demander un second avis vétérinaire, où on m’a dit, « c’est un chien-loup, c’est peut être une maladie non canine ». J’en ai parlé sur les groupes de race Chien-loup Tchécoslovaque, et ce n’était pas des symptômes « récurrents ». J’ai été demander un troisième, et heureusement dernier, avis vétérinaire. Lors du bilan, il a de suite émis l’hypothèse que Stark souffre d’une MICI (maladie inflammatoire chronique des intestins). Après plusieurs examens, il s’est avéré que sa MICI était avancée, avec un système digestif très détérioré.

On a essayé de faire évoluer son alimentation pour une meilleure digestibilité en passant à une ration ménagère adaptée à sa pathologie, mais ça a aggravé ses diarrhées et sa sensibilité générale a augmenté. On a donc choisi de rester sur une ration ménagère mais à la viande crue, tout en continuant à se faire accompagner par des professionnelles de la nutrition animale, et on a observé une amélioration de ses selles, qui a permis de revenir à l’état avant le changement alimentaire.

Différents traitements médicamenteux ont été essayé, sans succès. On a pu observer que lors des phases de poussées de la MICI, Stark ingérait énormément d’herbes et de papiers, qu’il tolérait beaucoup moins mes absences, qu’il maigrissait, qu’il avait du mal à retenir ses mictions, qu’il prédatait plus et que sa réactivité augmentait, qu’il était plus intense dans ses comportements, bref un chien douloureux qu’on a longtemps ignoré par méconnaissance 😥 Stark a toujours fait de son mieux pour nous faire plaisir, et être avec nous ❤

Après avoir écrit ce témoignage et avoir échangé avec de nombreux.ses gardien.ne.s de chien.ne.s souffrant de MICI, il s’avère que l’influence génétique de ce type de maladie est très importante. Pourtant il est de notoriété publique que les chien-loup Tchécoslovaques sont sensibles au niveau digestif et qu’il est nécessaire pour la majorité d’entre elleux de manger des aliments à haute digestibilité. Si le vécu de Stark et mon témoignage peuvent permettre de mieux accompagner ces chien.ne.s et d’éviter de faire reproduire des chien.ne.s « malades », ça serait énorme !

Stark par Photosundhy